Mon billet du 25 août 2007
Parfois, il y a de ces histoires qui, malgré qu’elles semblent condamnées à errer dans l’oubli, méritent néanmoins d’être racontées. Et alors que les militaires du Royal 22e Régiment enterrent leurs premiers soldats décédés en sol afghan, en apprendre sur celles et ceux dont la tâche est de sauver des vies peut apporter un baume sur des blessures qui tardent à fermer.
De la mi-février à la fin de mars 2007, l’équipe médicale composée de l’adjudant Jules Bérubé, du caporal Nicholas Beaulieu et du caporal Langlois auront passé six semaines à sauver la vie de plus d’une quarantaine de soldats, policiers et civils afghans.
Les membres sont tous originaires du Québec. L’adjudant Bérubé vient de St-Rédempteur, près de Québec, le caporal Beaulieu des Îles-de-la-Madeleine et le caporal Langlois, de Montréal. En tant que réserviste, ce dernier a dû quitter son emploi d’ambulancier afin de participer à cette mission qui allait changer sa vie et celle de ses coéquipiers.
Des cas majeurs par dizaines
L’histoire se déroule sur une base d’opérations avancée située en périphérie de Kandahar. À ce moment, d’importantes opérations impliquant les forces de sécurité afghanes (police et armée nationales) ont lieu.
Ironie du sort, le soir de leur arrivée, le trio avait convenu de faire un exercice simulé le lendemain. Mais dès le petit matin, ils recevaient leur première blessure par balle et alors qu’ils s’affairaient à traiter la victime, une autre faisait son entrée, un bras en moins.
Les installations médicales étaient très austères, l’équipe devant partager un petit édifice en béton de trois pièces avec d’autres organisations.
Les combats ont fait rage durant des semaines, et le nombre de victimes augmentait chaque jour. L’équipe de l’adjudant Bérubé a procédé à de multiples opérations majeures qui ont sauvé la vie des victimes, allant des traitements pour blessures par balles en passant par des brûlures au 2e et 3e degré. L’étendue de leur maîtrise des techniques médicales de campagne a été testée à maintes reprises, à plus forte raison lors de deux situations où ils ont eu affaire à des blessés multiples allant jusqu’à neuf patients.
Plus tard, trois Afghans qui cognaient à la porte du trio, cherchant désespérément une chance de salut. Un d’entre eux est décédé à leur arrivée, mais l’équipe est parvenue à sauver les deux autres, malgré qu’il fût présumé que ces civils étaient des insurgés ou des criminels, une escarmouche impliquant de tels groupes ayant eu lieu peu avant. Ici, l’importance de sauver des vies a supplanté les impératifs politiques au chapitre des priorités de l’équipe.
Pédiatrie de combat
Un de leurs plus beaux souvenirs est celui d’un enfant de 12 ans, gravement brûlé après avoir été pris au milieu d’un combat. Leurs efforts furent récompensés car, malgré les risques de décès par septicémie (une grave infection du sang) très élevés, le jeune garçon est revenu un mois plus tard, transporté par son père dans une brouette, souffrant seulement d’une infection mineure.
Malheureusement, toutes les histoires ne peuvent bien finir. Le cas d’une fillette de cinq ans, blessée mortellement par une bombe artisanale et décédée sur la table d’opération, a été un coup dur à encaisser pour l’équipe. C’est à ce moment qu’ils ont perdu ce sentiment d’immunité face à la dure réalité afghane qu’ils croyaient avoir développé au fil de leurs succès.
Prise de conscience
Depuis le début de la mission afghane, rarement une équipe médicale canadienne a pu autant mettre leur expertise à l’épreuve dans de telles conditions. Cette expérience restera gravée à jamais dans la mémoire des trois techniciens médicaux, et sûrement leur histoire en inspirera d’autres.
« Les petits gestes comptent », dit l’adjudant Bérubé. « Comme les astronautes qui, voyant la Terre du haut de l’espace, prennent conscience de sa fragilité, voir et vivre la réalité de ce pays fait réaliser combien notre rôle y est important ».
De pouvoir témoigner d’un tel professionnalisme est, pour moi, une chance inouïe. Car au travers de toute l’adversité qui fait partie de notre tâche, de tels exemples ne peuvent que servir de phare pour nous guider vers son accomplissement.
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