Mon billet du 8 septembre
Les membres de l’Équipe Provinciale de Reconstruction ne sont pas occupés qu’à patrouiller le secteur de Kandahar, négocier des contrats de réfection de routes ou à implanter des programmes de prévention du crime. Nous avons également des temps libres que nous pouvons meubler grâce à des installations qui nous assurent une qualité de vie surprenante compte tenu de la nature de notre tâche.
Communiquer avec les siens
Garder le contact avec nos proches est, il va sans dire, une condition sine qua non au maintien du moral tant pour les troupes que pour les familles et amis que nous laissons derrière. Nous avons donc accès à un service téléphonique qui nous permet, à raison de 35 minutes par semaine, de se bercer les oreilles au son réconfortant de la voix de celles et ceux qui nous sont chers. Qui plus est, ces 35 minutes sont cumulatives, alors tout temps non utilisé s’accumule, ce qui permet de plus longues conversations pour quiconque a la patience nécessaire de se priver de téléphone pour une semaine ou deux.
Également, huit stations internet nous permettent de vérifier nos courriels et de communiquer avec un plus grand éventail de parents et amis grâce à la magie du clavardage. Deux webcams avec microphone sont disponibles pour les vidéoconférences, dont le degré d’intimité n’est limité que par le nombre de personnes présentes dans la salle informatique! Le respect est de mise mais il n’est pas rare, dès qu’on entend la voix agacée d’un confrère tentant si bien que mal de professer son amour paternel malgré les délais de transmission, de déclencher un festival de blagues parfois douteuses mais toujours de bonne guerre :
« Tu es là , papa ? » dit le jeune fils du caporal Untel.
-Cris…d’ordi qui « lague » de tabarn… !, dit le caporal Untel.
-Qu’est que tu dis, papa?, demande le garçon de 6 ans.
-J’ai dit que papa t’aime et s’ennuie de toi, lui répond-il.
-C’est beau pôpa, donne l’exemple!, rajoute le soldat Chose.
Importer notre sport traditionnel
Il n’était évidemment pas question pour un contingent canadien de passer une demi-année sans pouvoir pratiquer, de façon décente, notre sport traditionnel.
Une surface de béton, aux dimensions proportionnelles à une vraie patinoire et munie de bandes de bois, est le théâtre d’affrontements épiques entre les différentes équipes de notre ligue de hockey-balle. Un beau prélude au début de saison de la LNH, que nous pourrons suivre tant bien que mal en fonction de nos tâches. Quelques Afghans se sont montrés curieux face à notre sport, certainement pittoresque de leur point de vue. Nous avons pensé à un échange sportif et culturel, mais les plans pour transformer la piste d’atterrissage en terrain de buzkashi[1], le sport national local, ont été abandonnés pour des raisons opérationnelles…
En plus du hockey, nous avons une salle de conditionnement physique complète, qu’un grand nombre de militaires fréquentent. Que ce soit simplement pour garder la forme ou pour se sculpter un physique donnant l’autorité esthétique de se présenter sur une plage tel un coq dans un poulailler, tous ont leur raison.
La compagnie de protection, en plus, a son propre espace loisirs. « L’embuscade » (nommé ainsi par les membres de la compagnie) comprend tennis de table, « baby-foot », un jeu de darts et quelques chaises. Malheureusement, notre régime sans alcool nous empêche d’y déguster un succulent « kamikaze »…
Unique en Afghanistan
Mais le fleuron de cet éventail d’activités reste la piscine du Camp Nathan Smith, haut lieu de baignade et de bronzage fréquenté par la grande majorité de membres de l’ÉPR (en fait, il s’agit d’un ancien bassin de rétention spécialement aménagé). Nous sommes le seul camp de tout le contingent à pouvoir jouir de ce privilège, et nous louons le dieu de la distribution des camps de nous avoir accordé cette grâce.
Dans un contexte aussi hostile que le nôtre, où nous devons rester constamment alertes, de telles installations ne sont pas un luxe, et toute organisation qui a à cœur le moral de ses membres ne peut passer à côté.
Mais bon, on ne peut tout avoir ; à l’aéroport de Kandahar, eux, ils ont le Tim Horton’s…
[1] Ce sport millénaire, qui se pratique à cheval, oppose deux équipes et consiste à s’emparer d’une carcasse de mouton et à la déposer dans un cercle afin d’obtenir un point.
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