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Mon billet du 22 septembre

21 sep. 07, 10h39

On parle souvent dans les médias des risques que les soldats canadiens courent jour après jour ici, sur le terrain.

Cependant, on parle peu de ceux que courent les Afghans qui collaborent avec nous. Et cette semaine, la réalité est venue rattraper les membres de l’Équipe Provinciale de Reconstruction.

Himayatullah, 23 ans, était originaire d’une petite province au nord-ouest de Kandahar. Peu après l’instauration de la terreur du régime Taliban, sa famille a fui vers le Pakistan suite à de nombreuses menaces de mort. Après l’éviction des Talibans du pouvoir en 2001, il revient en Afghanistan et s’installe à Kandahar.

« Rocky », comme nous l’appelions, détestait les Talibans. Il avait une anecdote savoureuse à ce sujet. Un jour où lui et ses camarades pratiquaient leurs techniques d’arts martiaux apprises au dernier cours, un groupe de Talibans en charge de la « promotion de la Vertu » vint interrompre leur séance afin de les forcer à prier, ce qu’ils firent, sous la menace. Après la prière, les agents du gouvernement tâchèrent de les châtier mais, tel l’arroseur arrosé, ce sont Rocky et sa bande qui procédèrent à décerner une raclée à leurs bourreaux. « Est-ce vraiment arrivé? », demandait-on à chaque fois qu’il racontait l’histoire. Il répondait presque toujours : « Croyez-moi ou non, mais j’ai tout de même passé les années suivantes au Pakistan ».

Plus tard, son bilinguisme anglais/pashto lui permet de prendre un emploi comme interprète pour le compte de l’ÉPR, alors dirigée par les Américains. Lorsque les Canadiens reprennent le flambeau en 2004, il a continué à travailler comme interprète jusqu’à aujourd’hui.

Rocky était l’incarnation du vent de changement qui souffle sur l’Afghanistan depuis quelques années. Lorsque je l’ai rencontré pour la première fois en juillet dernier, je voyais qu’il était différent des autres Afghans dont j’avais déjà fait connaissance. Au fil des conversations, j’ai découvert un jeune homme plein de contradictions, un peu à l’image du fossé qui sépare la conservatrice Kandahar d’une ville comme Kaboul, qui flirte de plus en plus avec la modernité occidentale.

Fier de ses origines, son épaisse chevelure de jais et son teint basané et mât mettaient en évidence son héritage pachtoune. Il était très attaché à l’histoire et aux traditions de son pays. À l’inverse, il savourait pleinement les plaisirs hédonistes encore tabous dans une région comme Kandahar. Musulman sunnite comme presque tous les Pachtounes, il avait la foi et il priait cinq fois par jour. Du même coup, il avait un penchant prononcé pour l’alcool et les femmes. Plus souvent qu’autrement. Il aimait faire la fête et, lorsque les artistes canadiens viennent donner leur spectacle pour les troupes, il ne manquait jamais de sortir sa guitare et d’amuser la galerie.

Il était d’une loyauté sans borne et il aurait donné la lune à ses amis. « Quand crois-tu revenir ici? », me demanda-t-il un jour où nous discutions du fait que je sois journaliste – quand je ne suis pas militaire - et que je caresse le projet de revenir ici un jour. « Tiens-moi au courant, je m’occuperai de tout. J’irai te chercher à Kaboul, je te procurerai des vêtements afghans, et tu n’auras à te soucier de rien ». Nous avions ceci en commun. Il projetait un jour d’émigrer aux États-Unis, où réside son oncle, afin d’aller à l’université pour y étudier en journalisme et en science politique.

Malheureusement, ce jour n’arrivera pas. Vendredi dernier, alors qu’il circulait dans la Province d’Helmand en compagnie d’un contingent américain, Himayatullah a été victime d’une bombe artisanale détonnée par les insurgés. Son père et son cousin l’accompagnaient.

La nouvelle fut tout un choc pour celles et ceux qui l’ont côtoyé. C’est le souvenir d’un ami qui croyait en l’avenir et en la modernisation de son pays que nous allons tous garder, et c’est pour se rappeler de son esprit festif que nous avons rebaptisé l’espace-loisirs de la compagnie de protection de la force « Rocky’s Corner ».

Comme lui, les Afghans qui travaillent pour la coalition connaissent les risques inhérents à un tel engagement. Malgré tout, ils continuent de le faire jour après jour, poussés par un désir d’appuyer l’effort collectif nécessaire afin de remettre l’Afghanistan sur pied. Tel courage est, je crois, digne de mention et tous devraient avoir une pensée pour ces Afghans qui risquent leur vie non seulement pour nous étrangers, mais surtout pour ouvrir à leur pays une fenêtre d’espoir.

Catégories: Actualité
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Commentaires

Sangria
Sangria
23 sep. 07, 12h57

Quel triste histoire...Mais vous avez raisons de dire qu'il faut avoir une pensée pour ces gens qui se battent et qui risquent leurs vie pour leurs patrie! Merci de nous partager cette histoire car avec tout ce qu'on peut entendre dans les média, nous avons tendances à oublier qu'il y a des gens d'honneur qui ont des rêves de paix et d'harmonie qui malheureusement, en paieront le prix...

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