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Mon billet du 29 septembre

1 oct. 07, 11h00

Au risque de sonner cliché, c’est quand nous sommes confrontés à des situations extrêmes que nous comprenons à quel point nous avons de la chance de vivre dans une société comme la nôtre.

Et cette semaine, une de ces situations, qui pourrait constituer un plaidoyer en faveur de la gratuité des soins de santé, s’est manifestée à l’entrée principale du Camp Nathan Smith.

Comme tous les dimanches, celui de cette semaine se révélait, jusqu’à ce moment, d’un calme plat. Notre principale activité constituait, jusque là, à se protéger d’un vent graduellement plus violent qui engendrait des mini-tornades de poussière venant s’écraser sur notre poste de garde, aménagé à-même un conteneur.

À ce moment, toute l’action de l’après-midi se résumait à mon apprentissage du pashto et aux joutes verbales entre moi et Mohammed, l’interprète de service, sur des sujets allant des fondements communs entre l’Islam et le Christianisme aux différences vestimentaires entre les femmes de Kandahar et celles de Montréal.

C’est un peu après midi que nos échanges culturels furent interrompus par un coup de téléphone venant du poste de garde de la police afghane, situé devant le nôtre.

« Chef Â», me dit le policier (par l’entremise du traducteur), « il y a une femme et deux enfants qui demandent à voir un médecin. Les deux sont gravement blessés Â».

Je communique alors avec la section médicale, qui me répète d’abord la politique en ce qui a trait au traitement des Afghans par le médecin militaire. « Normalement, ils doivent aller à l’hôpital de Kandahar Â».

Le hic, c’est que l’hôpital local, comme tous les services médicaux, sont payants ici.

 Â« J’ai deux enfants, assez mal en point, avec une vieille femme, qui n’ont pas l’air d’avoir les moyens d’y aller Â», dis-je, avant d’avoir la confirmation du caporal Jobin qu’un technicien médical était en route vers le poste de garde afin d’évaluer la situation.

Quelques minutes après avoir raccroché, le caporal Morrissette, technicien médical affecté à notre peloton, était déjà en train de diagnostiquer la nature des blessures du petit Sami, 3 ans, dont la maladie mentale expliquait l’absence de pleurs, mais dont les yeux humides et le regard creux criaient d’eux-mêmes. Nous lui avons donné un peu d’eau, non sans confirmer avec Mohammed que cela ne briserait en rien le jeûne du Ramadan. « Aucun problème lorsque la situation médicale du pratiquant le permet », dit-il en paraphrasant vaguement un passage du Coran.

Ses avant-bras calcinés, dont la peau pelait déjà, étaient révélateurs de la nature de l’accident, tel que raconté par la vieille dame qui s’est présenté comme étant la grand-mère. Le gamin et son grand frère Nai, 13 ans, ont tenté d’allumer un feu de bois avec un bidon d’essence. Dû à sa condition, le plus jeune des frères n’a pu prendre conscience du fait que ses deux bras étaient aspergés de carburant avant d’allumer la flamme qui allait l’embraser. Nai a alors entrepris d’éteindre le feu qui dévorait sont frère et il a pu ainsi lui sauver la vie, non sans en payer un certain prix, qui s’élevait à une main – la gauche – brûlée au troisième degré.

« Hé « Mo Â», vas-tu les amener à l’intérieur? Â», demandais-je au médic.

« Les blessures sont sérieuses, ont va s’en occuper Â», de répondre celui que nous appelons affectueusement « Mo Â».

Ils disparurent quelques heures le temps de recevoir des traitements pour leurs brûlures, au grand soulagement de leur grand-mère qui s’attendait à devoir aller mendier la générosité des médecins de l’hôpital de Kandahar.

« Alors? Â», demandais-je au caporal Morrissette.

« Ils reviennent demain pour un suivi. Ça aurait pu être très grave en cas d’infection. Â», répondit-il, alors que la grand-mère reprenait ses petits-enfants pour les ramener à domicile. Nai affichait un air soulagé pour deux, ce qui compensait pour l’incapacité du petit Sami d’afficher la moindre émotion. Par contre son regard, une fois de plus, trahissait ses pensées, comme si ses yeux étaient véritablement une fenêtre sur l’esprit.

Bien sûr, nous vivons dans un monde imparfait, et il est aussi important de la remettre en question que de poser les gestes nécessaires pour l’améliorer. Cependant, il est aussi crucial de relativiser et d’avoir une pensée pour celles et ceux pour qui un traitement médical d’urgence est un luxe qu’ils ne peuvent se permettre. Et se demander ce que nous pouvons faire pour eux.

C’est en partie ce que nous essayons de faire ici.

 

           

 

Catégories: Actualité
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Commentaires

MonCommentaire
MonCommentaire
1 oct. 07, 11h01

Ouf... Des fois je ne suis pas capable de me rendre à la fin de tes articles tellement ça me bouleverse...

CamilleCanoe
CamilleCanoe
1 oct. 07, 11h02

Pareil pour moi, je trouve ça insoutenable par bouts. Tu as toute mon admiration.

viloule
viloule
1 oct. 07, 12h50

On a de quoi etre tres fiere de vous tous la bas. Continuer a faire de votre mieux mais surtout faites attention a vous tous.

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