Mon billet du 6 octobre
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La
plupart des grands médias qui couvrent la mission afghane parlent presque
exclusivement de ce que j’appellerais les « trois C » : combats,
cercueils et controverses. Certains opposants parlent, à tort, de « guerre
d’agression » et d’ « occupation » (je me demande
d’ailleurs si une force militaire qui est locataire du terrain sur lequel elle
campe peut être considérée comme un « agresseur » ou « occupant »).
Certes, le volet comprenant les
missions de combat sont importants, et elle produit de belles images à la télé. Cependant,
tout un pan de la contribution canadienne en Afghanistan est, pour des raisons
que j’ignore, constamment oublié.
Je parle ici de l’Équipe Provinciale
de Reconstruction de Kandahar, un groupe de quelques trois cents militaires
dont la tâche est complètement à l’opposé de celle des unités de combat.
Contrairement au groupement
tactique, qui tâche à sécuriser et à stabiliser la région, l’ÉPRK est chargée
principalement de guider les autorités afghanes au-travers des différents
projets de développement. Par le fait même, elle soutient le gouvernement local
dans ses efforts pour faire reconnaître sa légitimité, de la ville de Kandahar
jusqu’aux régions les plus reculées comme Panjwayi et Zhari, points chauds de
l’insurrection.
Mission type
Le soleil est à peine levé, par un matin plutôt froid. Dans un petit abri au milieu du parc où sont stationnés les véhicules de combat de la Force de Protection, le commandant du convoi, finalise le briefing qui précède obligatoirement chaque tâche. Actions à prendre sur les lieux, mesures d’urgence en cas de contact ennemi, schémas de manœuvre et définition des rôles de chacun ne sont q’une partie de l’information que les soldats devront mémoriser. « Notre peloton escortera l’équipe de la Coopération civile/militaire qui assisteront à une shura (réunion) avec les responsables du district d’Arghandab», dit-il avant que tous prennent leur poste dans leurs véhicules.
Le convoi quitte le camp Nathan Smith pour le district d’Arghandab, au nord-ouest de la ville et en bordure de la rivière du même nom. De si bonne heure, le convoi rencontre peu de circulation automobile et le trajet se déroule relativement sans embûche, mis à part une brève interruption radio.
Arrivés sur les lieux de la shura, les fantassins se déploient
rapidement sur le terrain afin de former un cordon de sécurité qui protégera
les participants ainsi que l’interprète affecté à la tâche. La réunion, qui durera
environ deux heures, portera sur plusieurs sujets de discussion, allant de la
collaboration des autorités civiles pour combattre l’insurrection jusqu’Ã
l’implantation d’un système d’irrigation pour les terres agricoles. Les locaux
voudront parler des différents incidents impliquant les civils et les
militaires. Les représentants de l’ÉPR confirment avec eux les mesures Ã
prendre pour éviter les accrochages et les coups de semonce et les rassurent
que les intentions des militaires ne sont pas hostiles.
L’élément de coopération civile/miliaire, constituée de réservistes, est
formée spécialement pour prendre contact avec la population locale. Elle est de
plus en plus familière avec les coutumes afghanes, ce qui l’aide grandement
dans sa tâche.
Dehors, une foule de curieux s’amasse autour du cordon. Les fantassins,
alertes, sont à l’affût de signes et d’individus suspects qui pourraient
présager une attaque-suicide. Malgré qu’ils soient avant tout formés au combat,
prendre contact avec la population, et ainsi tenter de gagner leur confiance
fait aussi partie des tâches relatives à la sécurité. Selon le
niveau de menace, certains soldats serrent des mains, tandis que d’autres se
rendent disponibles pour prendre des photos.
Sur le chemin du retour, la circulation automobile est dense. Sur le
devant du véhicule de tête est posée une affiche ordonnant aux civils de
s’arrêter sur le bord de la route et de maintenir une distance précise avec le
convoi. Soudain, un véhicule continue sa route et semble se diriger sur le
convoi.
« Cible potentielle, à une heure!», rapporte le canonnier à son chef d’équipage. La tension monte alors que le commandant rapporte la situation au reste du convoi. Alors que les armes pointent sur le véhicule suspect, son conducteur se rend compte de sa bévue et se range sur le bord de la route. Le pire est évité et le convoi arrive finalement à bon port. Mission accomplie.
Mission-clé
En général, la couverture médiatique de la mission afghane s’attarde aux combats entre les soldats canadiens et les insurgés talibans. Ce volet de la mission est, encore une fois, très important et, dans le contexte actuel, est d’une grande utilité, puisqu’il est le prélude aux opérations de L’Équipe Provinciale de Reconstruction. Sans sécurité, pas de développement.
La mission de L’ÉPRK représente probablement l’élément-clé de ce que nous cherchons à accomplir en Afghanistan. Aux « trois C » cités plus haut, j’en rajouterais deux qui viendraient fidéliser la couverture médiatique à la réalité : construction et coopération.
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