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L'illusion de l'agrandissement

par CASARAZZI le 5 fév., 11h59

C’était un bungalow typique de la banlieue, à Blainville au nord de Montréal. Une maison parmi tant d’autres, décoration classique, pièces conventionnelles incluant un sous-sol à rénover. Curieux, je faisais le tour de la cuisine tandis que ma copine, venue faire sa visite du temps des fêtes, échangeait avec son amie.

Une peinture accrochée au mur attira mon attention. Non ce n’était pas à cause des couleurs, ni de l’objet de la peinture. C’était juste comme une invitation plutôt vague. Une sensation de fuite au loin. Une illusion d’ouverture vers l’extérieur. Je me suis rapproché. Et j’ai compris.

Ce n'était qu'une fenêtre s’ouvrant sur la mer au loin. Rien de plus. Juste une peinture de dimension moyenne, jolie d’ailleurs, aux couleurs chaudes. Mais placée sur le mur comme ça, elle réussissait à agrandir la cuisine. La forme verticale de la toile, les volets ouverts, le plancher du balcon à l’avant-plan qui transportait notre regard vers les vagues au loin, tout ça ouvrait le mur. Bien sûr, ce n’était pas aussi efficace qu’une vraie fenêtre ou qu’un miroir, mais l’effet était réel.

Je suis passé au salon. Sur le mur d’en face, une peinture s’étirait à l’horizontale. Même impact que dans la cuisine! Une sensation de fuite, une illusion d’ouverture vers l’extérieur. Cette fois, les couleurs étaient plus froides. Mais la composition était la même. Juste une fenêtre s’ouvrant sur la mer. Même si le salon était petit, la peinture le faisait paraître plus grand. On respirait davantage.

Nous sommes passés à la salle à manger pour le thé. Petite la salle à manger. Le design était plutôt japonais: décoration sobre, couleur neutre mais surtout deux portes avec fenêtres à carreaux. Je me suis assis le dos au mur. L’amie de ma copine ferma la porte devant moi.

Wow!

Comme la porte était vitrée, je pouvais voir dans le salon. Au bout du salon, il y avait une grande vitrine. Je pouvais donc voir à l’extérieur. À l’extérieur, il y avait une longue rue qui s’étalait au loin. Donc, de ma place au fond de la salle à manger, je pouvais voir jusqu’au bout de la rue. La perspective était hallucinante! Imaginez l’effet quand il neige à gros flocons! Imaginez l’effet quand l’automne met le feu aux arbres bordant la rue. Et il y en avait des arbres!

«Le soleil se couche là le soir, me dit l’amie de ma copine, tu devrais voir les couleurs d'ailleurs!»

C'était juste un bungalow ordinaire en banlieue de Montréal. Mais les propriétaires, de condition modeste, avaient réussi à faire circuler l'air dans chacune des pièces, à placer le bungalow dans le courant d'air de l'extérieur avec très peu de sous.

Deux peintures et une salle à manger placée au bon endroit ont suffi pour donner l’illusion de vivre dans une maison plus grande qu’elle ne l’est réellement.

Vive la perspective!

Catégories: Art de vivre
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