Le Québec « accro » à la dette
Entrevue avec Denis Bédard
Le Québec a tenté plusieurs cures de désintoxication pour s’affranchir de cette drogue dure de la dette publique. En vain, soutient Denis Bédard, ancien secrétaire du Conseil du trésor.
La dette publique ! Avec la crise et les plans de relance, on l’avait presque oubliée, celle-là. Mais Denis Bédard, s’inquiète: « Même à long terme, je ne vois pas le bout du tunnel. »
Cette dette du Québec, Denis Bédard a été aux premières loges pour la voir croître et même exploser.
« J’ai été témoin de la mise en place des grandes politiques de l’État québécois. » Depuis, les progrès du Québec ont été nombreux. Mais on oublie souvent ce qu’il qualifie d’« envers du décor ». Au final, « l’État est sorti éclopé de cette aventure ». On a étiré au maximum tous les « élastiques » disponibles :
1.Augmentation des impôts « jusqu’à ce que les contribuables québécois soient parmi les plus taxés au Canada ».
2.Augmentation des emprunts jusqu’à ce que le Québec soit la province la plus endettée, après Terre-Neuve
Désintoxications infructueuses
À partir des années 80, le Québec tente différentes cures infructueuses pour se défaire de la dépendance à ses deux drogues dures préférées : croissance des dépenses et endettement.
« Pendant une décennie, on a vraiment essayé », se souvient Denis Bédard. Puis, devant le succès mitigé, l’Assemblée nationale vote en 1996 la Loi sur l’équilibre budgétaire « obligeant le gouvernement à revenir graduellement au déficit "zéro" à compter de 1999-2000 ». On y est parvenus, certes, mais non sans « fragiliser les réseaux d’éducation et de la santé » et « négliger la rénovation et le remplacement des infrastructures ».
Et tout cela s’est fait dans des conditions relativement favorables : une croissance économique de presque dix ans. Puis, 2008 arrive avec ses « tempêtes » financières et économiques. « Notre vulnérabilité » est de nouveau mise en évidence, explique Denis Bédard.
Le gouvernement Charest endette le Québec avec un plan de 42 milliards de dollars pour les infrastructures.Mais il ne faut pas oublier l’impact sur le budget. Déjà que la dette nous coûte environ 8 milliards annuellement, sur un budget de 60 milliards.
1974, 1982, 1990, 2008 : à chaque crise budgétare, le Québec traverse ralentissements et récessions sans avoir réglé les problèmes de sa base budgétaire. De plus, pleins de bonnes intentions, les gouvernements ne se facilitent pas la tâche et adoptent de nouveaux programmes. Dernier en lice : l’assurance parentale, qui a de bons effets indéniables sur la natalité, mais qui est « franchement trop coûteuse », note Denis Bédard.
Et le Fonds des générations (FdG), pour lutter contre la dette ? Il n’est pas certain que ce fut une bonne idée ; comme si « le gouvernement avait décidé d’emprunter pour jouer sur les marchés financiers, ce qui ne se fait pas sans risque, comme on peut le voir actuellement ». Déposé à la Caisse de dépôt et placement, le FdG a perdu 22,4 %... après un rendement de 5 % l’année précédente.
Les deux postes budgétaires, la Santé (25 milliards) et l’Éducation (15 milliards), sont comme des « trous noirs », lance Denis Bédard. Le Québec dépense moins que les autres provinces en santé et plus que les autres en éducation. « Compte tenu de la capacité de payer du Québec, il y a un surfinancement de l’Éducation. Un paradoxe que le ministère n’a jamais expliqué. »
Des hypothèses que le mandarin aimerait bien voir examinées dans les prochains budgets :
La création d’une « caisse santé ». Il s’agirait de sortir les soins de santé du budget courant et de lui conférer un « financement mixte composé de subventions du ministère et des sources de revenus dédiées aux soins de santé ».
Le plan des infrastructures pourrait faire augmenter la « dette directe » de 40 milliards en six ans. Elle est de 129 milliards actuellement. Pour limiter cette croissance, le gouvernement pourrait payer à même les dépenses courantes une mise de fonds de 10 % du coût des immobilisations.
Élastiques étirés au maximum
Une « impasse budgétaire » ou une « impasse de l’État » ? « Lorsque tous les élastiques disponibles ont été étirés au maximum, on peut dire qu’on est rendu à l’impasse de l’État. »
Les mandarins n’aiment pas recevoir de conseils venant de « l’extérieur ». D’autre part, les gouvernements « préfèrent en général aplatir les budgets des ministères sans prendre de décision précise sur le niveau des services ».
Et la bonne nouvelle……clic
http://www.scfp.qc.ca/librairies/images/image_dimensions.php?i=4095
source ; Antoine Robitaille,le Devoir,16 mars 2009
Présentation de Jean Paul Tellier
Commentaires
- Voir mon Espace
- Inviter à joindre mes contacts
- Écrire un message à jptellier
- Appréciation du billet
-
- 5.00/5 (1 vote(s))
- Fils RSS 2.0 des billets
- Diffuser
- Signaler un abus






